L’adaptation de nos pratiques de groupe au distanciel

La crise sanitaire et les injonctions de distances requises ont généré une évidence : il « faut » utiliser les moyens numériques disponibles pour maintenir le projet et continuer notre travail. Autre évidence imposée par la crise : le lien social doit se penser à distance avec un effacement du corps dans le lien, qu’il soit pédagogique ou autre…

Ces évidences sont venues titiller nos pratiques et résonnent avec les enjeux de formation en venant questionner deux piliers de notre conception et pratiques de formation : la co-animation et la dynamique de groupe.

Lors du premier confinement, soucieux de maintenir le lien avec les participant·e·s des modules en cours, nous avons expérimenté la « co-animation distante », ce qui a généré un constat partagé dans l’équipe : nous n’arrivons pas à mobiliser la dynamique de co-animation de la formation de la même manière, ce qui a des effets sur la qualité du travail, sans compter l’inconfort largement présent lorsque nous sommes dans une co-animation distante.

Le renforcement des compétences des formateurs/trices à l’utilisation de zoom ont eu peu d’effets sur ce constat.

Quant à la dynamique du groupe : Quelles balises ? Quels possibles ? Comment soutenir la dynamique de groupe en distanciel ? Comment une première rencontre est-elle possible via zoom ? 

Un premier constat : commencer un nouveau groupe en virtuel, rencontrer pour la première fois des participant·e·s en virtuel altère la dynamique du groupe. Rapidement nous avons constaté que le peu, voire l’inexistence de moments informels en visio-conférence aplatissait les rapports entre les personnes. Utiliser ce média avec un groupe qui avait eu l’occasion de se voir en présentiel avait moins d’effets négatifs du fait que le groupe pouvait s’appuyer sur son expérience groupale passée.

Travailler la dynamique de groupe est difficile en virtuel car on est face à une addition de personnes avec un effacement du corps (impossibilité de composer avec les jeux de regards, non prise en compte du corps qui parle – du non verbal…). De plus, le virtuel a un impact sur la fluidité́ de la parole dans le groupe : la prise de parole ne se passe pas de la même manière, on est dans la superposition des propos de chacun. 

Sans compter sur l’intrusion du professionnel dans la vie privée, sur un effacement des frontières entre les deux. Bon nombre d’éléments constitutifs du lien nous échappent, du côté des participant·e·s comme des formateurs/trices. 

Aujourd’hui nous prenons acte que la visioconférence est, à certains moments, à considérer comme la moins pire des solutions.

Nous expérimentons combien le numérique rationalise effectivement les activités humaines, ce qui fait de la visioconférence un outil intéressant pour les réunions exécutives avec des ordres du jours serrés, permettant même une accélération de l’attendu.

Par contre la visioconférence est beaucoup moins adaptée à des interactions visant à la créativité, à l’échange de pensées qui laissent place à l’inattendu, à des interactions qui laissent place à l’émergence d’idées, de créativité au détour d’une conversation. Sans compter sur la difficulté, voire l’impossibilité d’intégrer dans les temps de formation des temps informels, essentiels à la dynamique du groupe.

Alors, chers/chères lecteur/trice, nous vous invitons à la lecture de ce texte, une occasion de vous plonger, l’espace d’un moment dans les questions, émois d’un formateur/trice en temps de covid ….